DIX ANS APRÈS L'UNIL… SANDRINA CIRAFICI


Diplômée ès lettres, ancienne assistante en archéologie et formée en muséologie par le biais du certificat de gestion culturelle de l’UNIL, Sandrina Cirafici vit avec passion sa vie de conservatrice de musée.

« Conservatrice », «musée »: ça devrait sentir le formol et la naphtaline! Il n’en est rien. Passez au Musée historique du Chablais et vous verrez que ça n’a rien à voir !

Rücksack à l’épaule et jumelles à la main (ils vous sont fournis à l’entrée), vous partirez à l’assaut d’une Alpe fantasmée, au gré de tableaux féeriques, bercé(e) par les citations des voyageurs illustres qui sont venus admirer nos montagnes, charmé(e) ou effrayé(e) par les contes et les créatures mystérieuses qui hantent leurs cimes. Sandrina Cirafici y fait parler les tableaux et ajoute aux cimaises un large volet ludique et littéraire.

Cet amour du passé et ce besoin de faire partager son émotion l’ont toujours guidée.

A quatre ans, sa carrière universitaire était scellée : quand, à l’école enfantine, ses camarades affirmaient qu’ils voulaient devenir policiers ou maîtresses d’école, elle clamait qu’elle serait paléontologue! Devenue archéologue, elle n’a de cesse, depuis, de faire constater l’omniprésence du passé. L’occasion d’un truculent diaporama qui fait les délices des écoliers d’aujourd’hui, entre cravate Lascaux, saucisse Le Gaulois, linge de bain Toutankhamon et canapé Roma (le passé ? il ceint notre cou, il fond dans notre bouche, on s’essuie avec, on s’assied dessus !).

Le second déclic fut, à 12 ans, la découverte du grec ancien, une langue dont elle retrouve les traces dans la vie de tous les jours, et qui lui prouve la pérennité du passé.

Sa voie est tracée : après une licence ès lettres (archéologie, français, grec ancien), elle devient assistante du professeur Claude Bérard, suit un cours de 3e cycle en iconographie classique et rédige un travail de diplôme sur l’archéologie fantasmée par la bande dessinée intitulé: « Archeologus Rex: rapport de fouille sur une espèce mise en case ».

Fascinée par les fantasmes que génère l’archéologie dans les médias, elle se lance dans une série de conférences sur ce thème («De Mickey à Indiana Jones: l’archéologie fantasmée par les médias ») et publie des articles dans Desmos, revue de l’Association des amitiés gréco-suisses (dont elle a été corédactrice pendant 7 ans !).

A l’UNIL, elle participe aux J.O. classiques mis en scène par la Section d’archéologie (pourquoi ne les font-ils plus ?) et organise pour les vitrines du BFSH2 une série d’expositions. Et c’est le succès avec « De l’art antique à l’art en toc », qui, retravaillée et rebaptisée « Le passé recyclé », voyagera du Musée romain de Lausanne-Vidy au Musée national suisse à Zurich, de la Skulpturhalle de Bâle au Musée français de Saint-Romain-en-Gal.

A Bex, où elle habite depuis 3 ans, elle a monté, à l’occasion du bicentenaire, l’exposition « IMAGinez le Chablais : 1803-2003-2203 » assortie de nombreux débats publics et rencontres intergénérationnelles sur le passé et l’avenir de la région.

Elle y fait aussi du théâtre (elle prépare pour cet hiver la pièce «Huit femmes»), collabore avec les Mines de sel (elle ajoute une touche historique au nouvel emballage du sel de Bex) et participe au développement des sentiers didactiques et de leur guide qui vient d’être édité. Pour son plaisir, elle joue du piano et du clavecin. [Elle aimerait bien jouer sur l’orgue du temple, mais ne trouve pas le temps pour le faire.]

Son souvenir de l’UNIL ? Pour elle, c’est l’univers de l’alchimie où le scolaire, le prémâché, le par coeur et les contraintes se transforment en passion, débats et ouverture. Pour l’archéologie véhiculée par les médias et trahie par les « Mystery Parks », c’est un antidote à l’imposture !

Ses conseils ? Aller au bout de ses envies, de sa soif de connaissance. L’UNIL, c’est apprendre à apprendre et à réfléchir. Il n’y a rien de plus précieux !

Propos recueillis par Axel Broquet

* Exposition « L’Alpe fantasmée », jusqu’au 26 septembre au Musée historique du Chablais, à Bex (ma-di 14h-17h). Une exposition largement inspirée par les recherches historiques et littéraires du professeur Claude Reichler sur la découverte des Alpes et la question du paysage.

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