Le Nouvelliste 23-10-2006

Enigmes pour archéologues

MASSONGEX 300 objets contemporains ont été enfouis dans l’ancienne capitale celte. Un legs symbolique aux chercheurs du futur.

Massongex, samedi matin. La conférence «Tarnaie, capitale des Celtes du Chablais» s’achève à la salle polyvalente. A l’extérieur, grands et petits se pressent au pied du sablier de l’an 2000. Autour des tables où sont exposés quelque 300 objets qui seront enfouis un peu plus tard dans un sarcophage en béton («Le Nouvelliste» du 11 octobre), les commentaires vont bon train: «T’as vu, une boîte de Kinder!», salive un petit gourmand. A ses côtés, une dame estime, en regardant l’un des nombreux messages griffonnés et scellés dans un tube en verre: «Quand ils liront ça, ils trouveront sûrement que c’est une vieille langue.»

Ils? Les archéologues de l’an 2506, à qui sont dédiés ces trésors du XXIe siècle. Amassés depuis ce printemps par le Musée historique du Chablais à Bex en lien avec son exposition «Nos ancêtres les Celtes», ils composent une collection des plus variées. Serment de jumelage, bouteille d’eau thermale de Lavey, pièce de deux francs, brosse à dents, résidu sorti des fours de la Satom ou bocal de cornichons: autant d’objets récoltés avec l’aide des visiteurs du musée, de la population, des entreprises et des communes du Chablais.

Travail d’interprétation
François Wiblé sourit: «Je ne suis pas sûr que ce soit un cadeau pour les découvreurs du futur, parce que ces pièces sont très hétéroclites, témoins des sensibilités des gens qui les ont réunies.» L’archéologue cantonal songe aussi à l’énorme travail de relecture, de restauration et de conservation qui sera nécessaire: «Certaines vont bien évoluer, d’autres moins. Pourra-t-on lire les textes? Comment va se conserver le papier? Ça risque d’être difficile avec les documents informatiques…» Déposé symboliquement à Massongex-Tarnaie, capitale des Nantuates il y a deux mille ans, ce legs offrira matière à réflexion aux générations à venir: «Comme celle des Celtes, notre civilisation va disparaître», a rappelé Sandrina Cirafici. «Dans cinq siècles, qu’en restera-t-il? Comment les archéologues vont-ils interpréter ceci?», s’est interrogée la conservatrice du Musée du Chablais. Et M. Wiblé de renchérir: «Vont-ils nous trouver présomptueux d’avoir voulu laisser ces témoignages? Ou, au contraire, verront-ils dans ce geste de la naïveté?»

Le temps passe
Certains se posent moins de questions. A l’image de ce petit garçon de 5 ans et demi, dont le dessin a été enfoui et qui a lancé à sa grand-maman: «Dans 500 ans, quand ils vont le sortir de la terre, tu viendras avec grand-papa pour le voir?» Quand la notion du temps qui passe n’est pas la même pour tout le monde…

LISE-MARIE TERRETTAZ

Revue de presse