24Heures 23-10-2006

Laisser un héritage aux archéologues de demain

MASSONGEX Des objets usuels de notre époque, destinés aux générations futures, ont été enfouis samedi. Ouverture prévue: le 21 octobre 2506.

Une lourde dalle de béton referme le sarcophage d'un mètre de profondeur. Vissée sur celle-ci, une plaque de bronze arbore cette instruction: «A exhumer le 21 octobre 2506».

Ce n'est donc que dans un demi-millénaire que les lointains descendants de tous ces enfants réunis dans la cour de la salle polyvalente de Massongex découvriront, avec stupeur. sans doute, les vestiges hétéroclites légués par leurs ancêtres du début du XXIe siècle. Matériel informatique, billets de loto, journaux, habits, nourriture ou même déchets, des dizaines de témoignages aujourd'hui futiles seront ainsi livrée dans cinq cents ans à l'interprétation des générations futures.

Effet miroir

Initiatrice du projet, la conservatrice du Musée historique du Chablais Sandrina Cirafici explique lle but de cette démarche: «C'est une action symbolique, sans visée scientifique. C'est surtout l'occasion d'une réflexion sur le temps qui passe, pour que les gens prennent conscience que nos vestiges seront aussi anciens un jour. Par un effet de miroir, cette projection dans le futur peut éclairer notre rapport au passé.»

Pour l'archéologue cantonal François Wiblé, la tâche de ses futurs collègues s'annonce ardue: «C'est un mélange tellement complexe et hétéroclite d'objets de notre époque, que leur découverte suscitera des nombreuses interprétations, pas forcément adéquates. C'est le genre de problèmes auxquels nous sommes nous-mêmes confrontés. Une démarche de ce genre est également une leçon d'humilité. Mon seul regret, c'est que je ne pourrai pas être là pour assister au boulot de mes lointains successeurs».

A en juger par le regard des enfants contemplant leurs legs disparaître un peu plus à chaque pelletée de sable, ce samedi d'octobre aura très certainement atteint le but fixé par les promoteurs.

Plus qu'une simple fête en famille, c'est bien une questionnement sur notre civilisation dont il s'agit, autour d'un sarcophage qui se referme.

Marc Ismail

 

Revue de presse